La laïcité dans le monde
La laïcité, au sens de séparation stricte entre l'État et les religions, est un principe propre à un petit nombre de pays. Chaque nation organise à sa manière les relations entre le pouvoir politique et le fait religieux, selon son histoire, sa culture et son cadre constitutionnel.
La France : un modèle singulier
La France se distingue par une laïcité constitutionnelle forte, fondée sur la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905. L'État ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. La neutralité s'impose à tous les agents et services publics. Ce modèle, souvent qualifié de "laïcité à la française", est l'un des plus stricts au monde : il ne se contente pas de garantir la liberté de croire, il impose la neutralité de l'espace institutionnel.
Les États-Unis : séparation sans neutralité affichée
Le Premier Amendement de la Constitution américaine de 1787 interdit à l'État fédéral d'établir une religion officielle et garantit la liberté de culte. Mais contrairement à la France, les États-Unis sont profondément marqués par une culture religieuse dans la vie publique : serment sur la Bible, devise nationale "In God We Trust", prières dans les cérémonies officielles. La séparation juridique coexiste avec une forte présence du fait religieux dans la sphère publique.
Le Royaume-Uni : une sécularisation sans séparation
Au Royaume-Uni, il n'y a pas de séparation formelle entre l'Église et l'État : le monarque est chef de l'Église anglicane, et 26 évêques siègent à la Chambre des Lords. Pourtant, la société britannique est l'une des plus sécularisées d'Europe. Ce paradoxe illustre qu'une séparation juridique n'est pas indispensable pour qu'une société soit en pratique très peu influencée par le religieux dans sa vie quotidienne.
L'Europe du Sud : concordats et pluralisme
En Italie, en Espagne et au Portugal, la Constitution prévoit une séparation entre l'État et les Églises, mais ces pays maintiennent des concordats avec le Vatican qui organisent des relations privilégiées avec l'Église catholique. L'enseignement religieux est autorisé ou présent dans les établissements scolaires publics. Ce modèle concordataire diffère nettement de la laïcité française.
L'Amérique latine : des avancées notables
L'Uruguay est l'un des pays d'Amérique latine où la séparation entre l'Église et l'État est la plus ancienne et la plus affirmée — inscrite dans sa Constitution depuis 1916. Au Québec, la Loi sur la laïcité de l'État de 2019 a instauré un régime proche du modèle français, renforcé en novembre 2025 par un projet de loi visant à interdire les prières dans les espaces publics et les signes religieux pour le personnel éducatif.
Chronologie : les grandes étapes de la séparation du religieux et du politique dans le monde (depuis 1830)
La séparation entre le pouvoir religieux et le pouvoir d'État est un processus long, souvent conflictuel, qui s'est déployé progressivement à travers le monde depuis le XIXe siècle.
1830 — Belgique. La Constitution belge consacre la séparation de l'Église et de l'État et garantit la liberté des cultes, faisant de la Belgique l'un des premiers pays à inscrire ce principe dans son texte fondamental.
1859 — Mexique. Les Lois de Réforme du président Benito Juárez séparent l'Église catholique et l'État mexicain, nationalisent les biens du clergé et instaurent la liberté de culte. Ce processus, violent et contesté, marque durablement l'histoire du pays.
1874 — Suisse. La révision de la Constitution fédérale affirme la neutralité confessionnelle de l'État et interdit la création de nouveaux diocèses catholiques sans autorisation fédérale.
1905 — France. La loi du 9 décembre 1905, votée sous la IIIe République, consacre la séparation des Églises et de l'État. Elle reste aujourd'hui la référence mondiale en matière de laïcité stricte.
1916 — Uruguay. La Constitution uruguayenne inscrit explicitement la séparation entre l'Église et l'État, faisant de l'Uruguay l'un des États les plus laïques d'Amérique latine.
1917 — Mexique (confirmation). La Constitution de 1917, issue de la Révolution mexicaine, renforce la séparation en interdisant aux Églises de posséder des biens immobiliers et en laïcisant l'enseignement public.
1923-1924 — Turquie. Sous Mustafa Kemal Atatürk, la République turque est proclamée et la laïcité imposée par l'État : abolition du califat en 1924, suppression des tribunaux religieux, remplacement du droit islamique par un code civil inspiré du droit européen. La laïcité est inscrite dans la Constitution en 1937.
1931 — Espagne. La IIe République espagnole proclame la séparation de l'Église et de l'État, supprime le financement public du clergé et laïcise l'enseignement. Cette séparation sera remise en cause par le régime franquiste (1939-1975), avant d'être réaffirmée par la Constitution démocratique de 1978.
1945-1946 — Japon. Après la Seconde Guerre mondiale, la Constitution de 1946 imposée par les Alliés abolit le shintoïsme d'État, qui avait été la religion officielle de l'Empire japonais. L'emperor renonce publiquement à sa nature divine. La séparation stricte entre l'État et toute religion est constitutionnalisée.
1958 — France (confirmation). La Constitution de la Ve République reprend explicitement le principe de laïcité dans son article 1er : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. »
1976 — Portugal. La Constitution démocratique, adoptée après la chute de la dictature de Salazar, instaure la séparation entre l'Église et l'État, tout en maintenant un concordat avec le Vatican.
1978 — Espagne. La Constitution espagnole, adoptée après la fin du franquisme, consacre la neutralité confessionnelle de l'État tout en reconnaissant un rôle particulier à l'Église catholique dans la société espagnole.
2001 — Suède. L'Église luthérienne, religion d'État depuis le XVIe siècle, est officiellement séparée de l'État suédois. La Suède devient ainsi l'un des pays les plus sécularisés d'Europe.
2019 — Québec (Canada). La Loi sur la laïcité de l'État affirme que « L'État du Québec est laïque » et interdit le port de signes religieux aux agents de l'État en position d'autorité. Le Québec se rapproche ainsi du modèle français au sein du Canada fédéral.
La laïcité : un principe universel aux formes multiples
Au-delà des frontières, la laïcité recouvre des réalités très diverses : laïcité de séparation stricte, pluralisme religieux organisé, régimes concordataires, États à religion officielle. Ce qui est constant, en revanche, c'est l'enjeu central : comment garantir la liberté de conscience de chacun tout en assurant l'égalité de tous devant la loi, quelle que soit leur appartenance religieuse ou leur absence de croyance ?
C'est ce questionnement universel que LAICITE 40 porte dans les Landes, en s'appuyant sur le modèle républicain français.